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Les jardins suspendus…

19 February 2010

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Les jardins suspendus…

Un pâle soleil ruisselait sur le mur sa blafarde lumière. Pelures du temps qui battait la mesure langoureuse d’un appel à prières. Au gré des nues traversant à grandes brasses le ciel, la vie exhalait son soupir au tambour battant de nos cœurs…

Stase temporelle suspendant la ville aux mille et une voix des muezzins…

-« Allah o’akbar » murmura Momo, presque pour lui-même, en écho au céleste appel…

Des paradis perdus se suspendirent un instant sur le mur, comme le furent pendant très longtemps, sous d’autres cieux, d’autres lieux,  les jardins de Babylone…

- « Allah o’akbar » murmura à son tour Abdel…

Le temps est cruel ! Avec le recul, ères et minutes s’entremêlent ne laissant subsister d’une époque qu’un bref souvenir contenu dans l’instant…notre instant…

Le temps d’une prière…voila ce qu’a duré Babylone. Nos bribes de vies sous le mur nous paraissaient certainement beaucoup plus longues…interminables…

Momo et Abdel, légèrement crispés, avaient l’air d’attendre une approbation de ma part…

- « Allah o’akbar » murmurais-je enfin à mon tour comme pour celer le pacte tacite d’une foi commune bien cachée dans les abysses profonds de nos cœurs…

Momo, libéré, se remit à mâchouiller tranquillement son sandwich tout en fixant, non sans une certaine inquiétude, la pomme d’Adam, monstrueuse, d’Abdel. Elle montait et descendait dans un mouvement obscène au fur et à mesure de la déglutition des énormes pelletées arrachées à grands coups de dents à son sandwich…

Le temps d’une prière a duré Babylone… prière pour laquelle, encore une fois, nous manquerions forcément à l’appel…

Le temps est truelle. Il lisse l’âme ou glissent les souvenirs jusqu’au réceptacle de la mémoire présente…l’homme n’est rien de plus qu’un cumul de souvenirs…

Au pied du mur  je me souviens…

Une mosquée…

Abdel, Momo et moi-même, encore mômes,  chahutant à genoux dans le rang d’une énième prière…

Un gros coup de poing venant s’abattre sur mon dos de tout le poids réactionnaire de la foi à l’ancienne. Momo qui esquive le deuxième. Abdel me saisissant par le bras et la fuite salvatrice, les jambes flageolantes, sous l’invective outrée d’un ancien qui le temps d’un coup de poing, s’imposait en gardien du temple sous les hochements de tête, approbateurs, de toute la horde de ses cons joints….

Drôle de conception de l’enseignement religieux chez les Ouailles du coin. Depuis ce jour nous n’avions plus mis les pieds dans cette mosquée où la voie du seigneur était balisée de bien douloureuse manière…

La pomme d’Abdel…continuait son va et vient. Une psalmodie muette de  prière refoulée, conséquence certaine de ce poignant souvenir…

Etonnante image d’une foi restée en travers de la gorge…

Quittant Babylone, Je lance à Momo « ma parole, il a un rat dans la gorge !! »

-  « un rat ? Moi je crois que c’est plutôt moui Aïcha qui lui est restée en travers de la gorge…t’as vu la taille de l’engin ? » Me répond le Momo le regard brillant …un regard où se reflétait tout le désarroi des paradis perdus en jardins suspendus dont nous avions été chassés par la pureté innocente de l’enfance…

T’inquiètes Momo…on l’aura notre Eden, murmurais-je à moi-même…

La voix du muezzin qui entamait son dernier couplet modulait son appel au gré du vent. Elle baissait et remontait comme dans une génuflexion respectueuse de la beauté azur du monde…

Abdel, pour échapper à la coalition de notre raillerie, para d’une diversion…

- « t’as mis quoi dans ton sandwich Momo ? »

- « comme d’hab…fromage, œufs brouillées et tizbibit (1) »

La voix céleste se dissipait lentement sous l’œil inquisiteur de l’astre au zénith, emportant avec elle les mirages fleuris de nos rêves d’un monde meilleur…mais ils reviendront…ils revenaient toujours, en même temps que la voix…

La pomme d’Abdel continuait son va et vient…

Des éclats de voix d’une dispute entre voisins nous parvenaient entrecoupés des bruits de nos mandibules…

Tant de pépins sur terre…pour une histoire de pomme défendue…

La pomme allait et venait….

Momo s’arrêta tout à coup de mâcher en retirant d’un geste sec quelque chose de sa bouche. La main levée à hauteur de son nez, il regardait la petite forme noire maintenue entre son pouce et son index…elle bougeait…

- « dites moi les gars !…est-ce que tizbibit (1) ça a des pattes ? »

- « bien sûr que non Momo…une olive ça n’a pas de patte… » Lui répondis-je…

La pomme s’arrêta brusquement de danser…Abdel se retenait de pouffer de rire…

- « merde !…ben chai pas trop ce qu’il a mis Omar dans mon sandwich !…. »

Un pâle soleil ruisselait sur le mur sa blafarde lumière.

Pelures du temps qui battait la mesure langoureuse d’un appel à prières.

Au gré des nues traversant à grandes brasses le ciel,

la vie exhalait son soupir au bruit de nos mandibules,

d’une histoire de pomme

et d’un rêve babylonien accroché au mur de toute la force des petites pattes d’un fruit dé-fendu qu’on appelait tizbibit (1)….

© lambdaoui

(1) tizbibit : olive noire un peu sèche…ce qui lui donne une texture fripée

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L’heureux venant…

16 January 2010

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L’heureux venant…

Réveil matin, quand la vie nous ramène de loin
le rêve en lambeaux sur le mur s’accrochant à l’instant
incertains,
puis s’évaporent lentement sous la pluie
comme s’envolent nos espoirs d’un meilleur lendemain
dilués à l’ennui de nos passes temps à rien faire
spectres diurnes
nous hantions le bout de la rue
dérisoires éphémères…..

- « Tiens, un revenant ! » Hulule Momo de sous son suaire, un k-way jaune de pêcheur rapiécé de rustines briques.

Abdel tout échevelé et qui avait déserté le mur depuis plus de jours qu’il n’en avait l’habitude, s’approchait émanant du brouillard de sa démarche particulière… On aurait dit qu’il était monté sur ressorts …

- « C’est vrai qu’il fait vachement spectre… » rebondis-je sur la Momoesque expression

Un jean rapiécé, pantoufles effilochées, la chemise boutonnée de travers avec une manche repliée et l’autre pendante, masquant sa main…

- « Le retour de la momie ! » s’esclaffe le Momo

Rires canins des enfoirés de copains que nous étions, que nous sommes encore et que nous allions sans doute rester pour un bout de temps…

La brume matinale enrobait la scène d’une aura fantomatique…

- « Têhté pahcéhou » (en Egyptien ancien dans le texte) questionnais-je le ressuscité…

- « Laisse tomber lambda…ça serait trop tarte à raconter… »

Un sourire béat redessinait ses lèvres…Je respectai son silence…et le tartre sur ses dents….

Adossés au mur, en silence, nous taffions goulument nos cigarettes dont la braise réchauffait un instant nos bouts du nez dans la froide grisaille du matin, entourant d’un halo nos figures déjà assez pâles…

- « bessmellah errahman arrahim ! »

Moui Aïcha , surgissant du brouillard et qui n’en ratait jamais une à chacun de ses passages impromptus….

- « ki jnouns…3la guenss !»

Elle tire sa djellaba, pachydermique, en faisant mine de cracher dans l’échancrure de son col….reflexe pavlovien de la parfaite superstitieuse….

- « Pavlovien…t’en as de bonnes Lambda, moi j’aurais dit précambrien…ouala plutôt jurassique comme réflexe…Tfou ! j’arrive pas à expliquer comment un Mammouth peut débouler comme ça, sans faire de bruit …te manque juste la queue, la trompe, tu l’as déjà » lui acide le Momo…

L’éléphante, aussi subrepticement qu’elle était apparue, disparut dans la jungle urbaine, laissant flotter un instant l’écho d’un dernier « oueld essouq » que la brume ne tarda pas à engloutir dans son sillage…

Plouf !

Taffes et volutes qu’un ange de passage disperse dans le gris du ciel…

Momo, que la curiosité grattait jusque dans le blanc injecté de rouge de ses yeux bleus (Marianne est tenace), jetait des regards en coin à un Abdel qui semblait flotter dans je ne savais quel rose nuage….

Le mariole se penche vers moi et me glisse à l’oreille :

- « chai pas où il était mais il semble revenir de loin…non ? »

Je me penche à mon tour et contemple un instant le con tant platif abdel puis me rétracte contre le mur…

Je tire une longue taffe et louche sur la fumée s’élevant lentement de mes narines…

Momo piaffe d’impatience…

Je feins l’air intrigué et me penche vers mon énergumène de pote qui tend rapidement son oreille vers moi en écarquillant les yeux, prêt à recueillir ma secrète impression…

- « t’as raison…c’est bien un revenant…. » lui chuchotais-je, laissant planer un instant la suspicion d’une probable suite…

- « et alors ? » s’inquiète le curieux…

Je tire une longue taffe et prend un vicieux plaisir à rejeter lentement la fumée d’une seule narine…

- « et aloooors » se réinquiète de plus en plus curieux….

- « tu sais quoi ?… Un revenant ! ben comme ça, tout court, cette expression qualifie en général dans son sens premier le désigné ainsi de « mort »… un mort se manifestant sous une forme ectoplasmique plus communément appelée « fantôme »… »

Et je pars d’un houuu houuu en dansant des bras tout en roulant des yeux….

Je vois se dessiner deux choux blancs de dépit dans les yeux de Momo dont les sourcils s’affaissent.

- « ce que tu peux être con des fois lambda…quoique de chez les morts, malgré toutes les histoires que l’on nous raconte, ben je n’en ai jamais vu un revenir… »

- « tiens ce n’est pas con ça Momo ! »

Je phosphore un instant…puis remise…

- « Un revenant de loin par contre, je ne sais par quelle myopie syntaxique cette expression en arrive à qualifier le désigné ainsi d’un miraculé ayant échappé à la mort de justesse…. »

L’arc des sourcils de Momo se rehausse d’un cran…

- « Bon là faut que je comprenne tout de même. Si je récapitule donc : un revenant de je ne sais d’où, dont on ne connaît donc pas l’origine, c’est donc systématiquement un mort. Par contre quand il revient de loin c’est un vivant…qui a failli mourir certes mais bien vivant quand même. Par déduction logique on ne peut que faire ce constat :la mort, ben elle n’est jamais très loin !…. »

- « tout a fait Momo…tout à fait… »

Rires enfantins…

On regarde Abdel…toujours l’air absent revivant en boucle nous ne savions quelle épisode extra-muros….Bizarre, lui qui raffolait de ce genre de discussion prise de tête…rien cette fois ci…la cata totale…

Je tentai une nouvelle amorce…

- « tu sais quoi Momo… » en élevant un petit peu plus la voix pour qu’Abdel m’entende « Un bon vivant c’est quelqu’un qui rit souvent et malgré l’apparence bénigne de cette forme d’expression de bonne vie il reste quand même en grand danger de mort subite… »

 Un deuxième cran dans l’élévation sourcilière Momesque…

Je lui adresse un clin bien appuyé…

- « Ben oué » continuais-je, « ça ne t’es jamais arrivé à toi de mourir de rire ? pourtant tu en es toujours revenu n’spa ? »

Pauvre Momo dont les sourcils retrouvèrent le ground zéro…il venait de piger mon stratagème et cherchait désespérément une réplique dans le mood…

- « euuh…oué…c’est un peu compliqué ce truc tout de même. Des vivants pas mort qui reviennent, des morts vivants qui reviennent de près…ben oui puisque apparemment ils ne reviennent pas de loin, des bons vivants qui meurent sans vraiment mourir… Tant de bien et bon vivants sont morts de rire … »

Je le regarde ma gueule fendue d’un large sourire de totale satisfaction. Brave Momo ! que ne ferait-il pour ses potes…

- « eh attends !… » Renchérit le chéri, « il n’y a pas que le rire qui tue…tiens ! La peur aussi pardi !…n’est ce pas que ça t’es surement arrivé à toi aussi lambda de mourir de trouille… »

- « moué… » dubitativais-je… « quoique la dernière expérience que j’ai vécu de cette mort particulière se limita à me faire perdre mes eaux dans mon froc…si c’est ça la mort ben ce n’est pas si tragique que ça »

Rires canins dont les warfs ne semblaient avoir aucun mordant sur Abdel

On s’accroupit chacun d’un côté d’Abdel, assis à même le sol, adossé au mur, les jambes étendues devant lui. Momo lui enfonce l’index dans la joue poussant sa tête vers moi. Le zombie se laisse faire le sourire béat toujours affiché aux lèvres. Je fais de même de mon côté. Sa tête dodeline de l’autre côté…

Paf !

Momo lui fout une claque…

C’est seulement là qu’il tourne la tête vers lui et lui murmure « je suis amoureuuux!… »

« Awwwah !…de qui encore ? »

- « Une revenante…»

- « une morte de rire tu veux dire ? car vu ta gueule…» fait Momo

- « elle revient de loin ? » questionnais-je à mon tour

Il retrouve soudainement tout son sérieux et nous regarde comme s’il venait de nous voir pour la première fois

- « mais qu’est ce que vous racontez les gars…c’est la fille de nos anciens voisins. Il ont quitté le derb voila déjà une bonne dizaine d’années…zétiez trop jeunes pour vous en rappeler.. »

comment qu’elle s’appelle ? » demande un Momo intéressé

- « Aïcha ! » et il repart dans sa rêverie…

- « Quandisha ??? »

- « edderbek incha3allah !!!» barrit le mammouth ressurgissant du brouillard et prenant l’invective à son adresse…

Un rayon de soleil perçant la brume matinale réfléchit la clarté de nos rires qui montaient au ciel…

Le temps tourbillonnait insouciant,
égrenant avec douceur le clair obscur de nos peurs
comme s’écoulaient les beaux jours
à l’heureux venant….

© Lambdaoui

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Bug dans la génèse

18 February 2008

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Vie,
Genèse intemporelle
Chaque fois renouvelée
Petits battements de nos cœurs
Tambours infinis
Résonnant les tam-tam de nos croyances
Sur le mur
Totem du néant
Notre vide…

Avides,

Nous rejouions la création pour l’école du quartier…

Première répétition au pied du mur…

Abel (momo)
- l’homme est ses souvenirs

Caïn (abdel)
- non ! L’homme est ses phantasmes

Abel (momo)
- n’importe quoi ! l’homme est ses souvenirs te dis-je

Caïn (abdel)
- et y a quoi dans ces souvenirs ? hein ?

Abel (momo) (sourire béat)
- ben y a surtout une femme….

Caïn (abdel) (regard lubrique)
- Ben tu vois !! c’est un phantasme

Abel (momo) (sourire encore plus béat)
- Non c’est un souvenir de femme

Caïn
- Nooooon ! dis moi pas que tu t’es fais ma sœur ???

Abel
- Ben quoi ?? c’est aussi ma sœur non ???

Et c’est là que Caïn était supposé défoncer le crâne d’Abel à coups de pierre…

C’était escompter sans le premier bug de l’histoire universelle….

Dieu (moi en l’occurrence) se mit à poursuivre Caïn pour lui défoncer son crâne à l’esprit vadrouilleur qui venait changer le script pour la jensaipluscombiendefois…

La pièce était pour des mômes de 10 ans…

Bien mauvaise idée d’y avoir mêlé mes enfoirés de potes….

© Lambdaoui

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Journée de plomb…

31 January 2008

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chant de pierre,
embrasure sur la tendre parole
tu graves le ciel du vent qui hurle
désert sans fin
de nos tristes farandoles
et la vie bat sa mesure
comme je bat le tempo
vide de nos lendemains….

Et Momo qui bat la mesure…

Mesure qui mesure mon émoi au son nasillard de son transistor sur lequel vient se greffer à l’aide d’une lanière en caoutchouc, une pile plate à l’effigie d’une tête de tigre…

Wa liyam à liyam
a benti malki 3ouja…

Le soleil de ce matin d’été 72 se tapissait derrière une brume charriant l’odeur de varech dans laquelle venait se mêler l’âcre relent d’un pneu brûlé, nous accordant un petit moment de répit avant de darder ses rayons faisant fuir oiseaux et badauds…

Abdel arrivait du bout de la rue d’un grand pas désarticulé, agitant sa main dans laquelle se balançaient, suspendues dans une petite lanière en feuille de palmier, trois énormes beignets..

Sans dire bonjour…

- fin attay ?

d’un geste du menton je lui indiquai le petit plateau en inox, posé à même le sol, et sur lequel reposait une petite théière recouverte d’une serviette et trois petits verts colorés…

- awwwah ! Omar à mis ces verres là ?? c’est pas vrai !!…il est malade ??

- tu parles! lui répondit momo tout en continuant sa danse transe. L’enfoiré à besoin d’une autorisation pour sa terrasse …comme ma frangine bosse à la préfecture il m’a demandé de lui demander d’intervenir en sa faveur…bé hlaoutek qu’il m’a dit…

- nariii! il ne sait pas ce qui l’attend….

rire de nous trois

et nass el ghiwan chantaient….

momo dansait…

abdel faisait mousser le thé en levant très haut la théière

la brume se dissipait lentement laissant trainer derrière elle quelques gouttes de rosée sur les bougainvlliers de la maison d’en face, là ou habitait Abdelamalek.

nass el ghiwan chantaient…

que de loups dans la brume
ont donné libre cours à leurs hurlements…..

Abdelamlek représentait tout un idéal aux yeux de nos petites personnes oisives. Un brillant étudiant à la fac, garçon aîné d’une famille berbère, beau, il inspirait auprès de tous les habitants du quartier une grande sympathie que moui aïcha ne manquait pas de nous citer en exemple lorsque elle voulait nous rapetisser encore plus dans notre “insignifiance malfaisante” comme il lui plaisiat à nous qualifier

- lui au moins il est serviable! répétait-elle à notre intention

et c’est sûr qu’il l’était. Il avait toujours un bon mot pour nous remonter le moral. Il nous prodiguait sans arrêt de bon conseils, arbitrait nos querelles…

le mur se réveillait doucement étalant progressivement sa blancheur au ciel, son aura, diaphane sereine, nous enrobant d’un voile paisible nous faisant oublier la tourmente des mauvais jours. Aux chant des oiseaux qu’aucun bruit de la ville encore ensomeillée ne venait troubler la journée s’annonçait belle

wa liyam a liyam
a benti malki 3ouja….

sur les gouttes de rosée se refléta, fragmentée comme sur les yeux d’une mouche, une ombre malfaisante…

la DS noire, sans bruit …à pas de loup presque, s’arrêta sous le bougainvillier…juste en face de nous. deux hommes en noir en descendirent…on aurait dit des corbeaux

sonnerie, palabres et va et vient devant la porte…

s’engouffrant dans les derniers restes de brume, ils emmenèrent abdelamlek en pyjamma…

là d’ou on ne revient jamais…

la journée était belle et chaude…mais pas autant que les larmes sur nos joues…

je me souviens encore du regard de sa mère sur le perron….

nass el ghiwan chantaient

a liyam a liyam
a benti malki 3ouja…

© Lambdaoui

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lassitude…

25 January 2008

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les paroles que le vent sème
à tort ou à raison
s’en vont s’en viennent
tristes saisons
comme feuilles mortes au pied du mur
leur oraison…

mais l’espoir demeure…

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Saisons…

24 January 2008

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Saisons…

Par une journée d’aspect printanier malgré l’avancée d’un aoûtien automne, je rêvais d’une fraîcheur hivernale qui aurait certainement calmé mon questionnement oiseux sur les aléas du temps.
Je me prélassais contre le mur qui ce jour là ne reflétait aucune saison…juste une humeur grise qu’il ronchonnait aux grattements des griffes de pigeons …

- « Ya plus de saisons ! » Ronchonna à ma droite, de l’autre côté de Momo et d’un ton complice, une voix inconnue. Puis sans nulle autre invitation que nos silences incisifs elle se mit à parler…

Momo, de mauvais poil rompit le rang…

- Je connais cette histoire par cœur …je vais voir bunny…je t’en ramènes ??

Signe de tête en acquiescement …c’est là que je vis l’homme grisonnant, suspendu à l’autre bout de la voix.

Il semblait étonnamment calme mais un curieux rictus ponctuait chacun de ses mots. Il expliquait, beaucoup plus à lui-même qu’à moi, comment il s’était retrouvé sans emploi avec d’énormes dettes.
Comment il s’était retrouvé aussi dans l’obligation de vendre tous ses biens…une terrible humiliation à son sens…

Au fur et à mesure de son récit le ton de sa voix prenait le ton de ces différentes étapes traversées…

D’abord, à l’amer dans sa voix, j’eus l’impression que les branchages d’un arbre fou s’étaient mis à peindre la colère dans un ciel sans nuages

- tu sais petit ! J’ai passé ma vie à asseoir ma position sociale…

Complètement ruiné depuis qu’il s’était fait blouser par son associé, il constatait avec rage que de la gloire à la rigole, il n’y avait que l’effet d’un vent contraire.

Aléa du temps…

Après la colère, la déprime prit place…ancrée et encrée dans un cortège poisseux d’idées noires sur fond d’attentisme. Un vertige obsédant dans le vide soudain de son existence qu’aucun surmenage ne venait masquer…

Ça, je connaissais…Je me laissai aller un peu plus contre le mur, syncrétisme de ma propre oisiveté…

Tout ce qu’il avait construit en biens matériels et activités incessantes avaient tendu autour de lui la noire étoffe d’un ciel en velours. De ces étoffes riches et lourdes dont on ne se défait jamais par peur de la nudité mais qui pèsent quand même lourd sur les épaules…

Une hirondelle égarée picorait un bœuf qui aboyait sur un toit…

Diversion de mon moi chassant la peur de sa propre incertitude…

Un rayon de soleil se fragmenta en mile étoiles sur une petite flaque d’eau au pied du mur.

Lueur d’espoir dans son regard….

Sa voix était maintenant sereine…

- Je me suis mis à poser un autre regard sur les choses, sur les êtres et sur moi-même. J’ai appris à sentir le vent, la fraîcheur d’une herbe coupée, d’écouter les sons magiques d’un rire, le petit bruit d’un scarabée contre le mur, s’acharnant vers ce qu’il croit être sa propre liberté…

Son visage détendu n’avait plus ce regard d’histoire inachevée. Il m’inspirait le désir d’une rencontre, la certitude d’un partage…

Il me regarda en souriant puis me tendit la main

- je m’appelle Hassan. Je suis un copain à Abdel…j’ai une association pour aider les jeunes en difficulté….

Je crois bien qu’il cherchait à dire à ceux qui venaient à lui :

Ce qui vous RUINE
N’est pas toujours ce qui veut vous NUIRE

Momo revint avec les clopes…

Un lièvre hulula sur un arbre…nous n’étions pourtant pas encore onze heures…

Un vol d’éléphants zébra le ciel d’une couleur girafe…

Il plut du beau temps ce jour là….

© Lambdaoui…remake d’ailleurs…

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Le chant des anciens…

22 January 2008

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Papillonnements sur les arbres en fleurs
les douces saisons
ont repeint nos cœurs
gris de la mer
quand l’amer nous grise
écume en couleurs
sur nos peaux et chemises
et le vague à l’âme
nous rêvons à l’envie
marionnettes sans doigts
frises sur un mur, théâtre sans vie
frêle sanctuaire
quand le chant des anciens
nous revêt d’un suaire…

Nous lézardions en silence, à fleur du mur, hiéroglyphes désarticulés retraçant l’épopée de tous ceux qui révèrent un jour de devenir roi…

- t’es le roi des cons Lambda…

Ma couronne perdit un laurier qui vint d’un tintement à mes pieds épicer le vide de l’instant. Je regardai Abdel l’air décidé…

- j’ai dit pas de pétard aujourd’hui…la dernière fois t’as foutu le macchabée par terre…à mi chemin du cimetière…

- j’ai marché dans une ornière…

Réponse de faux-cul…

- cul de basse fosse même, tellement son mensonge y pue le shit…

Momo, apprenti boursier faisant dans la surenchère…

Trève…

Moui Aïcha, ramena toute la tractation de notre marché boursier au péjoratif du casse noix

- quelle casse-couilles celle-là! marmonna Momo

- oueld essouq ! meugla l’engin…pas un gramme de respect pour les anciens…

et de son pas pesant elle franchit le porche du 31 bis d’où s’élevait la douce mélopée des tolbas à laquelle se mêlait, crescendo, les lamentations des femmes…..

La mort, aveugle, n’était certainement plus très loin. Guidé par le chant des anciens et l’odeur de l’encens bientôt elle franchirai le seuil de la maison où le vieux Bâ Driss agonisait depuis plus de deux jours maintenant.
Les hommes, assis sur des chaises pliantes alignées des deux côtés de l’entrée, partageaient leurs souvenirs où se mêlait le futur défunt, tantôt souriants, tantôt affichants une mine consternée.

Des enfants jouaient devant la porte. Je trouvais fascinant et étrange leur détachement vis-à-vis de la mort qui leur semblait naturelle. Elle ne les attristait pas, sans doute n’avaient-t-ils pas encore conscience de leur propre éphémère…

Nous perdons cette valeur avec l’âge me dis-je…

- c’est la vie que nous perdons avec l’age ! me fait Momo

Le chant des tolbas se faisait plus fort, appelant la mort qui attendait au coin de la rue…

Nous franchîmes le porche…en même temps que la dame en noir…

paroxysme des pleurs….

Au chant des anciens
la terre
qui attendait au loin
exhalait l’humus
affamée de corps
putréfiant l’orémus…


© lambdaoui

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Graffitis…

18 January 2008

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Graffitis…

Tout commencement s’enchaîne inévitablement à une fin.
comme le chant de l’oiseau s’enchaîne au silence,
comme le tremblement d’une feuille raconte le vent.
Le mur,
comme l’horizon,
s’enchaîne à la fin et au commencement,
au ciel et à la terre,
comme notre dualité où s’enchaîne notre moi
entre esprit et matière
ne sachant où commence l’une
ni où se termine l’autre,
Ouvrant l’infini du regard
sur le coin de la rue….

Notre rue…

Suspendue entre vie et non vie,

bégonia flétri d’un jardin de babylone suspendant l’attente, enchaînant mes souvenirs entre les briques d’un mur…

Mon regard est dur…

- wa ja3alna liawma bassarouka hadid !

momo…si tendre dans sa pureté qui souriait en coin…

- wa ja3alna l’houlmou ladid…

abdel si pur dans sa tendresse qui roulait son joint

Nous cachions le tendre sous nos peaux ciment que la vie truelle avait lissé de ses bleus et recollé au dérisoire mortier de l’honneur. ..Du mieux qu’elle a pu, nous donnant cette couleur lézard se fondant dans le mur…

Les gens passaient sans nous voir…

Tout commencement s’enchaîne inévitablement à une fin.
Comme le chant de l’oiseau s’enchaîne au silence,
comme le tremblement d’une feuille raconte le vent
sur le mur
nous étions graffitis
sans commencement et sans fin
de simples tourments
que la pluie du temps

effacera sûrement….

© Lambdaoui

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Muraille

16 January 2008

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Mur
mouroir des grandes larmes
mémoire craquelée de la terre

escarpé au ciel
hautain
les regards pointés vers

l’azur
qui connaît le parler
de l’océan

Mur
cristal de terre
jusqu’à ma chair
nue
pétrie de toi

étendu
sur le cuir des mots
je rêve

silencieux

libre du crépuscule
au premier toucher
humain
qui entendra ta voix

mur

raconte moi…

© lambdaoui

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Le magicien blanc

26 August 2007

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Le mur me racontait sa raison lointaine de tenir encore sur ses pieds couleur terre, lézardant ses souvenirs jusque sur ma peau rêche qui rêvait de fraîcheur. Les mois d’août n’étaient pas mon fort et du haut de son rempart d’amertume, la vie, de ses klaxons insultants et de ses moteurs pétaradants, se moquait de mes peurs…de mon appréhension à la mordre à pleines dents

J’étais un lézard me dis-je (ça en jette les je après le verbe)

- t’es surtout un gros con
me balance l’autre lézard de momo, empêchant mes pensées de tourner en rond

La vie c’est comme une dent….
D’abord on y a pas pensé…

- ho ! tu vas pas nous la jouer reggiani encore
se contenta-t-il de macher…

c’est vrai que j’avais pensé à cette chanson me dis-je pour en jeter encore une fois…

- complètement jeté le gars
persifla mon lézard de copain

- alors ? Roule-je ou ne roule-je pas ?
Balança Abdel histoire de se joindre à la conversation…et question joint il s’y connaissait vachement le bougre…

Mes pensées s’enroulent en même temps que ses mots présageant une douce retraite euphorique derrière nos puérils remparts de fumée en volutes s’élevant en prière vers le ciel.
La vie c’est comme une dent…

Javiiiiil….javiiiiiil…

Ba aaroub trainait ses pas charriant un autre temps par le seul timbre de sa voix dont le mur se gargarisait dans un futile espoir de retrouver sa blancheur d’antan.

Ossuaire en mouvement…

J’aimais regarder sa dextre façon de préparer son mélange en échangeant ses blagues avec les ménagères sur le seuil de leur porte…

Javiiil…javiiiil…

Mot magique qui les arrachait un bref instant à l’ombre pesante de leur demeure, les pans de leur chamir repliés vers une ceinture de fortune dévoilant un seroual aux couleurs chatoyantes et une paire de mules aux brodures dorées qui avaient fait leur temps…qui avaient fait mon temps…

Le bidon en plastique virevoltait autour de son bras telle une blanche colombe et venait se caler sur son avant bras qu’il levait très haut déversant son mélange magique à travers un entonnoir. Pas une goutte ne tombait à côté et pendant toute cette brève opération il ne cessait de sourire en racontant quelque anecdote glanée au cours de ses pérégrinations citadines
La vie c’est comme une dent…

La rue s’agitait d’une ambiance spéciale. Les porches s’ouvraient au cri blanc du dinosaure étalant un bref instant leurs secrets sous les feux du soleil…
- Putaiiin…léazrda momo,chavais pas que les dinosaures criaient javiiiil..tu m’en apprends des choses dis donc !!

Et la lumière recommence,
comme une plénitude bleue qui n’en finit plus de déformer les courbes du ciel,
La vie est comme une dent
Où se reflète le rire magique
D’un magicien blanc


© lambdaoui

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